Si vous apercevez quelqu’un portant une épingle de sûreté, voici son puissant sens caché

Bon, on a compris ; vous n’êtes probablement pas intéressé par ce que portent les gens qui passent devant vous dans la rue. Mais un jour, si le soleil se prête au jeu, l’éclat d’une épingle de sûreté attachée au revers des vêtements d’un passant pourrait bien attirer votre regard. Vous penserez alors probablement qu’elle fait office de réparation de fortune – ou peut-être qu’elle est simplement le vestige d’un passé de punk. C’est là que vous vous trompez. Et il est temps de comprendre la signification cachée et poignante de ce symbole. 

En apparence, rien de plus anodin qu’une épingle de sûreté. Mais comme pour beaucoup d’objets que nous utilisons aujourd’hui, l’histoire de son invention est assez intéressante. L’épingle de sûreté a été inventée pour la première fois par un mécanicien nommé Walter Hunt vers 1849, alors qu’il cherchait ainsi à régler une dette de 15 $. Plus tard, il vendit pour 400 $ les droits du brevet de son invention à l’homme qu’il tentait de rembourser. Et à l’époque, c’était la seule épingle existante avec une fonction de fermoir et de ressort, ce qui permettait d’empêcher les doigts de se faire piquer par l’extrémité pointue – d’où son nom

Le but de l’épingle de sûreté était vraisemblablement – et est toujours – de joindre ensemble des morceaux de tissu. Au fil des années, elle a aussi servi à refermer des couches en tissu, réparer temporairement des vêtements déchirés et refermer des bandages lors des premiers soins. Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que l’importance de l’épingle de sûreté va bien au-delà de ces quelques fonctions domestiques. 

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Croyez-le ou non, mais ce modeste objet en est venu à acquérir un certain nombre de significations culturelles significatives au fil des ans. Dans certains pays, par exemple, on pense qu’elles protègent contre les forces surnaturelles néfastes et la mauvaise fortune. Et elles ont également été réappropriées par la sous-culture punk dans les années 1970 lorsqu’elles devinrent autant d’accessoires de mode. Vous avez tous des images bien précises en tête ! 

Avance rapide. Ces dernières années, l’épingle de sûreté est devenue le symbole d’un tout autre mouvement. Cette fois-ci, on l’affiche toutefois d’une manière beaucoup plus discrète qu’à l’époque du mouvement punk. Et ce n’est pas la seule différence. Vous voyez, la signification qui est maintenant attachée à cet accessoire de fortune est peut-être plus forte que jamais.

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Cette idée d’utiliser la mode comme une forme d’expression et d’activisme n’est certainement pas nouvelle. Les vêtements ont joué un rôle important dans le mouvement pour les femmes, par exemple. Il suffit de penser aux suffragettes vêtues de blanc du début des années 1900. On a également à l’esprit le mythe populaire des féministes des années 1970, mettant le feu à leurs soutiens-gorge afin de défier le carcan social de l’époque.

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Et l’historien de la mode Einav Rabinovitch-Fox a une théorie assez intéressante sur le lien entre les vêtements et l’activisme. Elle a ainsi déclaré au site The Zoe Report en septembre 2020 : « La mode était, et est toujours, politique parce que c’est un moyen matériel d’exprimer le pouvoir. » Rabinovitch-Fox ajoute que même dans les années 1850, les gens pouvaient afficher leurs croyances à travers leurs choix de mode. 

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L’uniforme porté par les suffragettes du début du XXème siècle est ce qui les rend particulièrement reconnaissables en tant que groupe politique. Kara McLeod est historienne de la mode et professeure au Fashion Institute of Design & Merchandising (FIDM) de Californie. Dans une explication qu’elle a donné du code vestimentaire du mouvement, elle a notamment indiqué : « Le fait que les suffragettes portaient du blanc s’inscrit dans le cadre d’une trinité de couleurs : le blanc pour la pureté, le violet pour la dignité et la loyauté et le vert pour l’espoir. »

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Et McLeod de poursuivre en expliquant l’origine de l’uniforme des suffragettes pour The Zoe Report : « Ce jeu de couleurs a été proposé pour la première fois en 1908 dans la publication britannique Votes for Women par l’une des coéditrices, Emmeline Pethick-Lawrence. D’autres publications ont fait la promotion de ce jeu de couleurs, qui constitue en essence la marque du mouvement pour le suffrage des femmes. »

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Les suffragettes utilisaient également du blanc, du violet et du vert sur des accessoires tels que des ceintures, des bandeaux et des rubans. Ainsi, les femmes pouvaient s’aligner sur la cause féministe de manière visible sans devoir pour autant porter toute une tenue spécifique. Et alors que le vert était la troisième teinte préférée des femmes britanniques, leurs homologues américaines l’ont rapidement remplacée par un jaune doré.

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Étonnamment, la couleur blanche est encore de nos jours associée à la même cause pour laquelle se battaient les suffragettes il y a environ un siècle. McLeod donne cet exemple : « En 2017, le groupe de travail des femmes démocrates de la Chambre a demandé aux femmes membres de porter du blanc à un discours présidentiel, afin de montrer le soutien du groupe aux droits des femmes. »

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Certaines femmes politiques de premier plan ont également arboré la même couleur lors d’occasions importantes. Par exemple, Hillary Clinton portait un costume blanc lors de son dernier débat présidentiel en 2016. Des femmes du Congrès telles qu’Alexandria Ocasio-Cortez et Lois Frankel sont également apparues dans des vêtements blancs. 

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Mais les politiciens ne sont pas les seuls à porter des vêtements qui sont saturés de sens historique. Beaucoup pensent que l’amour universel pour les jeans tel que nous le connaissons aujourd’hui a en fait été alimenté par des militants étudiants qui ont soutenu le mouvement des droits civiques et se sont mis à porter ces vêtements de travail comme une forme de solidarité. Le couturier et historien Miko Underwood raconte ainsi à The Zoe Report : « Le denim est non seulement devenu le vêtement rebelle par excellence dans la culture des militants de la classe moyenne, mais il a aussi fait le lien avec les ouvriers noirs. »

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.Un autre groupe qui a su utiliser la mode pour symboliser un mouvement était celui des Black Panthers. Les Panthers ont été fondées par Huey Newton et Bobby Seale en 1966 pour contester le racisme et la brutalité policière aux États-Unis. Ses membres portaient souvent du noir de la tête aux pieds – ce qui était généralement assorti de lunettes de soleil, d’une veste en cuir et d’un béret noir pour compléter le look.

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Pour certains groupes, une seule couleur ne suffit toutefois pas. Prenez le drapeau arc-en-ciel du mouvement LGBTQ par exemple. Il a été créé en 1978 par un artiste de San Francisco nommé Gilbert Baker, et chacune de ses six couleurs représente un thème différent. Le violet est pour l’esprit, le bleu symbolise l’harmonie et le vert représente la nature, tandis que le jaune signifie la lumière du soleil, l’orange la guérison et le rouge la vie.

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Et pour ne pas avoir à se munir de grands drapeaux, divers mouvements ont maintenant créé des moyens plus subtils pour que les gens puissent afficher leurs affiliations. Les organisations et les causes ont ainsi conçu des accessoires adaptés aux préférences de chacun – des petits badges aux rubans en passant par des bracelets et des bijoux.

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L’un des accessoires les plus reconnaissables est, bien sûr, le ruban coloré. Et comme vous le savez probablement, le ruban rose est devenu partout un symbole lié au cancer du sein. En épinglant l’un de ces rubans sur vos vêtements, vous montrez votre soutien à celles qui souffrent de la maladie tout en offrant un signe d’espoir pour de meilleures choses à venir.

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Un autre type de ruban, peut-être moins connu que le précédent, est le Ruban Brun, qui a été lancé par Eva Longoria en 2016. La star a demandé aux actrices et aux acteurs présents à la cérémonie des Oscars de cette année-là de revêtir un ruban brun afin de défendre la cause des Latinos dans le cinéma, et plus largement aux États-Unis.

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Ensuite, il y a aussi le ruban rouge, qui est porté pour démontrer du soutien et de l’empathie envers ceux qui sont confrontés au VIH/sida. Le symbole a été adopté par le groupe Visual AIDS Artists’ Caucus en 1991 et reste un emblème puissant de nos jours. Fait intéressant, l’une des raisons pour lesquelles la couleur rouge a été choisie à l’origine est qu’elle était considérée comme une couleur plus facile à obtenir. 

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Mais certains signes de solidarité peuvent être encore plus simples. Prenez par exemple la modeste épingle de sûreté, qui est devenue le symbole d’un mouvement aux alentours de 2016. Pouvez-vous deviner ce qui rend ce simple objet si ingénieux quand il s’agit de montrer son soutien ? Eh bien, la raison est la même que pour le ruban rouge ; on peut en trouver partout. Après tout, la plupart d’entre nous ont au moins une de ces épingles à la maison. 

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En revanche, comme nous l’avons déjà mentionné, il n’a pas fallu attendre 2016 pour que l’épingle de sûreté acquière une certaine importance culturelle. Au Mexique, les femmes enceintes en placent parfois une à proximité de leur estomac, car elles croient que cela protégera le nouveau-né contre les fausses-couches et les maladies. Et en Ukraine, ces épingles sont attachées aux vêtements des enfants dans le but de les défendre contre les forces surnaturelles maléfiques.

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Les épingles de sûreté ont également été adoptées par le mouvement punk dans les années 1970. Leur utilisation par cette sous-culture était apparemment autant un geste pratique qu’esthétique, car les punks les utilisaient pour tenir ensemble leurs vêtements si soigneusement déchirés. Et elles étaient également utiles lorsque les punks voulaient attacher des patchs sur leurs vêtements. Habile !

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Dans sa plus récente incarnation en tant que symbole culturel, l’épingle de sûreté en est venue à représenter quelque chose de plus fort que peut-être jamais auparavant. Le mouvement est né à un moment où certaines sections de la société se sentaient exposées à un risque de violence psychologique ou physique. D’autres, quant à eux, voulaient un moyen de montrer clairement leur soutien. 

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L’idée derrière le mouvement moderne des épingles de sûreté était donc d’en porter une pour signifier sa solidarité avec ceux qui peuvent se sentir marginalisés ou vulnérables. Et peu importe où vous placiez votre épingle. Cela pouvait être sur votre revers, votre col, votre jupe ou votre robe, la simple présence de ce simple article signifiait que vous étiez prêt à prendre la parole pour ceux qui pouvaient avoir besoin de soutien.

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Le mouvement des épingles de sûreté visait ainsi à montrer de la solidarité avec, entre autres groupes, les femmes, les personnes de couleur, les membres de la communauté LGBTQ et les personnes handicapées. Et en jouant sur leur nom, les épingles étaient censées signifier à ces personnes qu’elles se trouvaient dans un espace « sûr ».

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Ainsi, en portant une épingle de sûreté, vous pouviez, subtilement mais clairement, vous poser comme un allié de ceux qui sont touchés par toutes sortes de discrimination. Cela comprenait, mais sans s’y limiter, le sexisme, le capacitisme, le racisme et l’islamophobie. Et bien qu’assez simple, l’idée a rapidement fait son chemin. 

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En 2016, la graphiste Kaye Kagaoan, qui vit à Brooklyn, a expliqué le mouvement des épingles de sûreté dans une interview accordée au New York Times : « Il s’agit de montrer aux gens qui comprennent le message que je serai toujours là pour ceux qui en ont besoin. Quand j’ai vu cela sur Facebook, cela m’a paru tellement simple ! Ça a vraiment résonné en moi. 

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Même les célébrités s’y sont mises. La même année, l’acteur britannique et star de la saga X-Men, Patrick Stewart, a publié une photo de lui sur Twitter dans laquelle il arborait une épingle de sûreté sur le revers de sa veste. Au moment de la rédaction de cet article, son tweet comptait 9 500 retweets et 25 700 like, ainsi qu’un grand nombre de commentaires montrant leur soutien. 

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Mais comment exactement ce mouvement est-il né ? En fait, ce mouvement a été inspiré par la campagne australienne #illridewithyou, qui a commencé à la suite de la prise d’otage de Sydney, en 2014. C’est à ce moment-là que certaines personnes se sont mises à porter des épingles de sûreté pour montrer leur soutien à la communauté musulmane. 

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Il s’est cependant avéré que les gens avaient des interprétations différentes de ce que signifiait réellement ce mouvement. Beaucoup considéraient le port d’une épingle de sûreté comme un moyen de s’opposer à la montée des politiques de droite, alors que d’autres l’envisageaient comme quelque chose de beaucoup plus pur, à l’instar de Sabrina Krebs, une étudiante du Guatemala, qui explique au New York Times : « Plus que tout, c’est pro-gentillesse… C’est une forme de résistance à la haine et à la négativité. »

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Pour Krebs, une partie du charme du mouvement des épingles de sûreté était qu’il était accessible à la plupart des gens, ceci grâce à la nature banale de l’objet en question. Elle explique : « Tout le monde a des épingles de sûreté à la maison. C’est un mouvement que tout le monde peut rejoindre. » Et vu sous cet angle, il n’est guère surprenant que ces épingles soient devenues un symbole de solidarité.

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Et Krebs n’était pas la seule personne à commenter cette facilité qu’il y avait à trouver une épingle de sûreté. Le camionneur Robert Clarke ajoutait au New York Times : « Il ne faut pas grand-chose pour porter une épingle de sûreté. J’en ai sur plusieurs vestes, donc je n’ai pas à y penser. » 

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Mais c’est précisément cette facilité qui s’est rapidement retrouvée au centre des débats. Pourquoi ? Eh bien, certaines personnes ont suggéré que le simple fait de porter une épingle de sûreté n’équivalait pas à prendre des mesures de quelque nature que ce soit. Sur Twitter, cette tendance a même été qualifiée par certains de « slacktivisme » – un terme qui mélange les mots anglais signifiant « paresseux » et « activisme ».

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Et l’auteur Christopher Keelty est allé jusqu’à dire que le mouvement existait davantage pour permettre à certains groupes de personnes de soulager leur culpabilité que pour soutenir des communautés marginalisées ou vulnérables. Dans un article qu’il a rédigé pour le HuffPost en 2016, Keelty écrit à propos des épingles de sûreté : « Elles ne feront que peu, voire rien du tout, pour rassurer les populations marginalisées qu’elles prétendent rassurer. » 

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Keelty poursuit : « Les personnes marginalisées connaissent très bien la longue histoire des Blancs qui se prétendent être des alliés sans rien faire pour aider, voire infligent du tort, aux Américains non blancs. Et d’ajouter : « On ne peut pas se sentir mieux simplement en arborant des épingles de sûreté et en se désignant comme leurs alliés. » 

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Certains utilisateurs de Twitter ont fait écho aux propos de Keelty. En 2016, l’un d’eux a ainsi écrit sur cette plate-forme : « N’hésitez pas, portez une épingle de sûreté si vous pensez que cela va aider quelqu’un. Mais faites en sorte que ce ne soit pas la seule chose que vous faites pour supporter une cause. » Et une telle critique semble avoir eu un impact.

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Une autre personne portant des épingles de sûreté reconnait qu’il est nécessaire d’en faire davantage. Elle a écrit sur Twitter : « Je reconnais que le port d’une épingle de sûreté n’est pas une action suffisante et ne complémente pas [ou] ne fournit pas un travail actif et constructif. Donnez votre temps. Donnez de l’argent. Soutenez les gens de votre communauté par vos actions. Si vous portez cette épingle, assurez-vous d’être prêt à joindre les paroles et les actes. » 

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Mais malgré les réactions négatives qu’a suscité le mouvement des épingles de sûreté, celui-ci a aussi eu ses partisans. Dans une interview à Medium en 2016, Anoosh Jorjorian déclare : « J’ai entendu de nombreuses personnes de couleur, des musulmans ainsi que certains membres de la communauté LGBTQIA dire qu’ils se sentent entourés d’ennemis. Cette épingle de sûreté les aide à ressentir qu’ils ne sont pas seuls et isolés. »

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Michelle Goldberg a même suggéré que le mouvement des épingles de sûreté avait le potentiel de rassembler les gens. En 2016, elle a écrit dans un article pour le magazine en ligne Slate : « Nous avons besoin d’un signe extérieur de sympathie – un moyen pour la majorité d’entre nous qui avons voté contre le fascisme de nous reconnaître. »

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Clarke a quant à lui déclaré au New York Times que l’épingle de sûreté était à la fois un symbole de sa solidarité envers les autres et, pour lui-même, un rappel constant de la nécessité de faire quelque chose. Il a ainsi expliqué : « Dans le fait de porter cette épingle entre une grande part de préparation mentale de ma part. Si je vois quelque chose, j’y ai réfléchi par avance, donc je vais me lever et dire quelque chose, sans demeurer un témoin silencieux. » 

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